Maurice sauvé des eaux

 

“Bon bah Brisbane, on va revenir y passer 2 semaines ensembles c’est pas trop la peine de s’éterniser, hein ?
– Ouep de toute façon j’ai besoin de retourner dans le sauvage là. La ville attendra. Remet ta tenue de backpackeuse et monte dans Maurice. On reprend la route. J’ai repéré dans l’atlas des petites montagnes bizarres un peu au nord. Ca s’appelle Glass House Mountains. Ca devrait te plaire.
– OK ça roule !”
Voilà à peu près comment nous nous sommes retrouvé là, un peu par hasard en feuillant notre atlas de l’Australie qui a déjà fait 2 fois le tour du pays avec Maurice. Depuis que nous sommes revenus de Tasmanie c’est un peu comme ça qu’on visite. On roule le long de la côte vers le nord, mais on n’ y trouve pas beaucoup de points de chutes intéressants. Que des plages de surfeurs, qui ne plaisent pas trop à Delphine car elle n’apprécie pas vraiment de se faire retourner comme une crêpe à chaque vague. Alors on y va pour se rafraichir de temps à autre en espérant trouver un bon spot et entre les 2 on rentre un peu dans les terres pour se faire quelques balades loin des touristes.

Et le passage par les Glass House Mountains fait parti de ces détours qu’on affectionne. Paysages inhabituels, marches de 3-4h en moyenne, villages baba-cool sympathiques comme Maleny, et pas trop de touristes. Cependant nous ne tenterons pas l’ascension d’un de ces monts en raison de la température élevée dès le matin et l’exposition du chemin en plein soleil toute la journée. Par ailleurs le chemin est réputé pour être dangereux, on a donc pas trop envie d’aller rejoindre l’hôpital de Brisbane en hélico. 
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Ce parc national était donc certainement plus intéressant que la Sunshine Coast qui se termine à Noosa et qui n’avait ces jours là de “sunshine” que le nom. Un petit bain seuls sur la plage et sous la pluie et nous reprenons la route vers la ville voisine. Direction Tiaro, sous la pluie qui tombe de manière assez inquiétante depuis 13h. On se cale sous l’abri d’une aire de camping gratuite, près d’une rivière boueuse qui ne m’inspire pas trop… Comme un pressentiment, mais je dis : “d’ici à ce que ça monte jusque là, on a de la marge”, la rivière étant au moins 3 mètres en contrebas. La nuit tombe, la pluie également et de plus en plus fort. 20h il fait nuit depuis 1 heure, nos 2 autres voisins de camping sont rentrés dans leurs véhicules, nous faisons de même et tentons de trouver le sommeil (Maurice est très bruyant sous la pluie). 2 heure du matin, je me réveille pour une envie pressante, il pleut de plus en plus. J’enfile le maillot de bain, et sort par obligation prendre une douche. Je constate à ce moment qu’un torrent d’un mètre de large et de 20 cm de profondeur coule le long de Maurice. Je bouge donc Maurice de quelques mètres sur le côté, en me disant “ça va se calmer maintenant”. 5 heure du matin, ça ne s’est toujours pas calmé, bien au contraire, je regarde à la lueur du jour qui se lève et le niveau de la rivière… Elle n’est plus qu’un mètre en contrebas ! Je regarde le torrent, il est de nouveau à côté de Maurice. “Delphine, ça craint sérieusement du boudin maintenant ! Enfile ton maillot on se casse de là !” Après une douche, une traversée de torrent pour récupérer le réchaud resté sous l’abri, deux tongues perdues et quelques contorsions dans Maurice, nous démarrons et faisons route ou plutôt naviguons vers la ville à 2 km d’ici. Au passage nous constatons que nos voisins se préparent eux aussi à plier bagages, on aura au moins pas besoin de les réveiller. Après 2 km sans visibilité et sous des trombes d’eau nous nous arrêtons sous l’abri d’une station service, nous sommes au pire de la tempête, il n’y a plus d’électricité dans la ville. Toutes les voitures de passage s’arrêtent, nos voisins de camping nous rejoignent, les routes sont apparemment toutes bloquées… on a bien fait de partir. La pluie se calme vers 11h, on peut sortir, retirer le maillot de bain et mettre des vêtements secs.
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S’en suit une journée assez ennuyeuse où tout le monde fait sécher, finit sa nuit, prend une bière au pub du coin et constate les dégâts en attendant que les routes soient ouvertes. Une bonne journée pour le patron du pub apparemment. En fin de journée les routes sont de nouveaux ouvertes, la ville redevient déserte, nous resterons la nuit avant de repartir. Le lendemain sur la route nous repassons par l’aire de camping que nous avions fuit la veille. L’emplacement de Maurice est sous l’eau, celui de nos voisins encore pire et pourtant la pluie a cessée depuis 24h maintenant et le niveau de la rivière a déjà commencé à baisser. On réalise à ce moment qu’on n’ est passé pas loin de la catastrophe. On se dit que l’histoire aurait tout à fait pu se terminer avec un Maurice submergé, et 2 petits frenchies en maillot de bain sur le toit levant les bras pour se faire hélitreuillé en direct pour le journal de 13 h australien. Pour info il y a tout de même eu plus de 300 mm d’eau en 12h, nous étions au pire endroit de la tempête et plusieurs voitures ont été emportées par les flots sur les routes faisant 2 morts au petit matin…
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Bon allez on se remet de nos émotions et pour cela rien de tel qu’un bon petit verre d’alcool. Ca tombe bien nous sommes à quelques encablures de Bundaberg, ville mondialement connue (d’un point de vue australien) pour sa distillerie de rhum du même nom. Ca ne vous dit rien ? Vous saurez pourquoi en lisant la magnifique et toujours aussi désopilante rubrique “Le saviez-vous ?” de ce post.
La visite n’est en soit pas forcément passionnante quant à la fabrication du breuvage en question. Elle est par contre beaucoup instructive sur le plan “façon de penser à l’australienne”.
Pour commencer le rhum n’est pas un rhum agricole comme celui qu’on affectionne en France, il est fait à partir de la mélasse de canne à sucre et non du jus de canne à sucre. Ensuite le guide nous présente toute l’usine et le procédé de fabrication jusqu’au hangar de vieillissement. Et là, les choses s’éclaircissent pour nous. Le “rhum” est gardé 2 ans en tonneau de bois qu’ils font venir tout spécialement des états-unis, pour le goût unique aux subtiles nuances de Vegemite*… Jusque là rien d’extraordinaire. Le problème de la distillerie c’est que 2 ans c’est long et ça coûte cher pour la distillerie. En effet, en Australie les producteurs d’alcool payent des taxes sur la production d’alcool et non sur les bouteilles vendues. Ce qui avec l’évaporation, ou “part des anges”, est assez facheux pour le producteur. Qu’à cela ne tienne Bundaberg a l’honneur et le privilège de nous annoncer en avant première qu’ils viennent tout juste d’inventer un procédé chimique leur permettant de retrouver en 4 jours seulement, le même goût qu’avec 2 ans de tonneau. Et donc de faire 4 millions de dollars d’économie de taxes par an. Le guide étale alors tous les chiffres de bénéfice de la compagnie. Tous les visiteurs australiens applaudissent…  Nous, nous sommes un peu surpris d’être aussi fier de ça, mais c’est ça l’Australie, on est fier d’afficher ses bénéfices peu importe la méthode.
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Bon voila le “rhum” ça c’est fait, place maintenant à la 2ème attraction de Bundaberg, les tortues marines. Près de Bargara, une plage du nom de “Mon Repos” est réputée pour ses tortues qui viennent pondre à partir de Novembre et les petits qui rejoignent la mer en Mars. Houra ! Pour une fois on est au bon endroit au bon moment (on a raté les baleines tout au long de notre voyage au passage), on se dit c’est notre chance. La lune est pleine on aura même pas besoin de nos lampes pour les voir galoper vers la mer. On fait donc un peu de route de nuit, on arrive à la plage et là on se dit… non, j’y crois pas. La plage est fermée par des barricades d’octobre à avril entre 6h du soir et 6h du matin pour “protéger les tortues”… Mais si vous payez 10 $ à la boutique à touristes (pardon c’est un centre d’information des visiteurs) ouverte toute la nuit, pas de soucis on vous ouvrira les portes. L’environnement à l’australienne. Comme on refuse de rentrer dans ce genre de logique on cherchera à rentrer sans payer ce qu’on peut faire sans difficulté en ne suivant pas les panneaux indicateurs du parking à touriste. On se retrouve alors sur la même plage un peu plus loin, sauf qu’on a pas le droit d’y être. Delphine ne souhaitant pas jouer les “hors la loi” de l’environnement plus que ça, nous rentrerons rapidement au campement, un peu déçu par ces méthodes. Nous apprendrons d’ailleurs le lendemain que la plupart des gens qui payent pour aller voir les tortues n’en voient que très rarement voir pas du tout, même sous l’escorte d’un guide touristique (pardon il s’agit d’un ranger). Donc comme on a pas de photos de bébés tortues à vous mettre on vous fait l’interlude animalier “trop mignon” avec ces gentils petits perroquets ou perruches on ne sait pas trop.
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Après une journée de repos à se décider sur ce que nous allions faire de nos 15 derniers jours de vadrouille avec Maurice, nous partons donc vers l’intérieur des terres vers Cania Gorge National Park qui nous promet quelques belles balades et du repos car on commence à fatiguer. On vous racontera tout ça dans un prochain post car on en entend déjà certains qui râle qu’il y a trop à lire dans ce blog. A bientôt donc.


Le saviez-vous ?

IMGP285496% du “rhum” de la distillerie Bundaberg est consommé sur place, en Australie, 3% partent en Nouvelle-Zélande et le 1% restant est destiné au reste du monde. Autrement dit on est pas près de trouver une bouteille de “rhum” Bundaberg au  Super U de Rennes. Et c’est tant mieux ! Car j’ai réussi à gouter pures (ce qui ne fut pas forcément facile), 4 versions différentes de ce breuvage, et pas une n’arrive à la hauteur d’un rhum “non agricole” plutôt moyen de type Havana Club… C’est dire le niveau. Ah oui une dernière chose, la couleur “rhum vieux” du “rhum” Bundaberg ne lui vient pas du bois de chêne américain, mais d’un colorant chimique “caramel”. Ca donne envie, de boire autre chose.

 


(*) La Vegemite est produit totalement chimique et typiquement australien que notre ami Olivier décrit très bien dans un des posts de son blog. J’espère d’ailleurs qu’il nous en fera goûter d’ici peu, car personnellement nous n’avons pas tenté l’expérience sans guide.
Je cite donc Olivier : “La Vegemite (prononcez: VidjimAÏÏÏTe): sorte de pate à tartinée fabriquée à base de levure de bière. Ils en sont accroc, fans… C’est méga fort, salé et ça pue. Mais finalement quand on le mange de la bonne façon, on devient vite accroc aussi. (rien que d’en parler, j’ai envie là!). Il faut prendre une tartine, étaler une fine couche de beurre puis une micro-fine couche de vegemite. Beautiful!
http://sakadoz.wordpress.com/2011/12/10/de-backpackers-en-van-puis-en-maison/

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. sarah
    Mar 13, 2012 @ 09:01:27

    Quel héros ce Maurice, dites-moi…N’abusez pas du rhum, parce que le colorant caramel, c’et le même que dans le coca et le pepsi, et c’est cancérigène, beurk!!

    Réponse

  2. maxetdelf
    Mar 13, 2012 @ 23:26:15

    On risque pas d’en abuser, ni même d’en ramener… il est vraiment trop mauvais.

    Réponse

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